Les grands noms de la pédagogie 6


Comment construire des dispositifs de formation s’en s’inspirer des différents courants pédagogiques ? Certains sont plus à la mode que d’autres, cependant il n’y a pas de recette miracle en la matière et un mix pédagogique des méthodes résultants de ces courants est souvent le plus adéquat. Afin d’y voir plus clair à propos de ces courants je vous propose d’en savoir un peu plus sur les personnalités qui en sont à la base.

 

Albert Bandura et l’apprentissage social

1) Apprentissage par les conséquences des réponses

Il s’agit en fait d’un processus cognitif lequel n’a d’effets sur les comportements (complexes) que s’il y a prise de conscience de ce qui est renforcé. Oh la la mais ça veut dire quoi ce bazarre ?

Pour Bandura les conséquences qui résultent de nos actions et qui déterminent finalement notre comportement ne sont pas à considérer comme de simples réponses à des Stimulis. L’apprentissage par renforcement c’est à dire qui tient compte des réponses n’est pas en effet  démuni de réflexion et ce grâce à trois propriétés intrinsèques de ces mêmes réponses.

  • Fonction INFORMATIVE: Nos hypothèses cognitives sont confortées ou affaiblies suite aux conséquences (réponses) de nos actions.
  • Fonction MOTIVANTE: Grâce à notre capacité d’anticipation des conséquences et en  fonction de notre comportement.
  • Fonction RENFORCANTE: On devrait d’ailleurs plutôt parler de Régulation en fonction des réponses perçues que de renforcement. Le renforcement est  un moyen de tester les comportements déjà observés ou appris voire un générateur  de nouveau comportements.

2) Apprentissage par MODELAGE

Les individus n’apprennent pas seulement des conséquences de leurs actions mais aussi grâce à l’observation au moyen du modelage. Le modelage permet à un individu d’apprendre à l’ aide d’un PATRON sans avoir pour autant besoin  de recourir à l’apprentissage par conséquences (vu ci-dessus) ce qui génère un gain de temps considérable. Ci-dessous un schéma du Modelage qui détermine principalement l’apprentissage par son action d’information.

 Les 4 phases de ce processus sont:

  • Le processus attentionnel: Acquérir les traits pertinents de l’activité modelée.
  •  Le processus de rétention: Mémoriser les traits pertinents sous forme de Patrons de réponse grâce à notre capacité de symboliser (symbolisation imagée et verbale)
  • Le processus de reproduction motrice: d’après le patron comportemental sachant que le degré d’apprentissage observationnel est fonction de la disponibilité des savoir-faire élémentaires chez l’observateur (pré-requis). Il faut assurer une correspondance entre les représentations que l’étudiant à en tête et la performance « active » au moyen d’ajustements correctifs.

  • Le processus motivationnel

Les causes d »échec peuvent être dues à un manque d’observation des activités pertinentes; Un codage incorrect au niveau de la mémoire représentationnelle; Une incapacité physique à reproduire; Un manque d’incitaion en termes de bénéfices attendus.

3) Le renforcement VICARIANT

Entendez par là, les résultats observés chez autrui et qui peuvent modifier le comportement d’un individu (observateur) de la même façon que si celui-ci avait vécu l’apprentissage par  expérience directe. De même les gains obtenus ou pas lors de l’observation d’un modèle peuvent  être générateurs de motivation.

 4) L’autorenforcement

Comprenez par auto-renforcement nos sources personnelles de contrôle comportementale, nous permettant outre les influences extérieures de déterminer notre comportement.

 

 

 5) La motivation

Outre les motivations dues à l’environnement, aux stimulis aversifs, et aux facteurs corporels, notre motivation est aussi cognitive. Par anticipation des bénéfices attendus et par auto-motivation par rapport à des ojectifs que l’on s’est fixé soi même. En cas de dissatisfaction nous générerons de la motivation.

 

Mon avis sur la question

Idéal pour les apprentissages à caractère technique et professionnel et notamment à l’aide d’une médiatisation des activités utilisant la vidéo, les podcasts, la visio et web conférence. Cela donne la possibilité aux usagers de compléter ou de conforter une séquence gestuelle, laquelle pourra par ailleurs donner lieu à des compléments en » présentiel » si nécessaire. Toutes questions relatives pouvant être traitées à l’aide des outils de communication disponibles au sein des LMS.

 DEWEY l’apprentissage actif (Constructiviste)

Pour Dewey la pensée est un élément essentiel et indispensable qui permet à l’homme de s’adapter  depuis toujours à son environnement. En conséquence, elle  ne doit pas rester à un état passif, mais au contraire doit être mise en action. La théorie de la connaissance qu’il à développée considére qu’un savoir n’est effectif que s’ il a été mis en action.

Pour lui les sujets sont dotés de 4 sens innés à partir desquels chaque enseignant devrait s’appuyer pour construire de nouvelles connaissances.

Communiquer; Construire; Chercher à savoir; Affiner son expression.

Il s’écarte de ceux qui ne relient pas les sujets d’études aux intérêts et préoccuaptions de l’enfant, par ailleurs il s’écarte aussi de ceux qui ne relient pas les intérêts de l’enfant aux sujets d’études. En résumé au lieu d’imposer les sujets d’études aux enfants ou bien de les laisser livrés à eux même il invite les enseignants à confronter les élèves dans leurs activités immédiates à des problèmes les amenant à faire appel aux connaissances et aux savoir-faire des sciences et de l’art. On oriente ainsi l’apprentissage de l’enfant de façon NON-DIRECTIVE.

Sa pédagogie s’appuie vers le Projet qui se prolonge d’une part vers l’étude scientifique et d’autre part vers le rôle de chaque individu dans une communauté, de plus le projet permet à la fois une formation manuelle et intellectuelle.

Dewey est pour l’application d’une démarche expérimentale de l’élève face à une situation problème qui part de l’intérêt de l’enfant afin de leur procurer une première expérience. Il s ‘agit de faire participer activement l’enfant à la construction personnalisée de ses propres problèmes. Les projets se réalisent en petits groupes par la division du travail et avec rotation des rôles assurés par chacun.

Mon avis sur la question

Principalement pour  des formations  non directives. Permet de s’approprier les connaissances par l’expérimentation et l’action par une confrontation directe aux problèmes (méthode active). Cependant cette méthode est  très chronophage, il convient donc à mon sens de l »utiliser  pour des apprentissages particuliers qu’il serait difficile de s’ approprier autrement que par le vécu de sa propre expérience. Pédagogie de projet, situation problème.

 

Skinner (Neo-behavioriste)

Contrairement à Pavlov, il ne s’attache pas qu’à l’environnement, attendant une réaction du sujet jusqu’à lors passif. Pour lui une situation d’apprentissage doit comprendre 3 phases.

 

En effet pour lui être actif pour « faire » ne suffit pas  à créer une bonne situation d’apprentissage. Provoquer l’environnement par l’expérience non plus. Enfin l’apprentissage par essais – erreurs n’est selon lui pas très fructueux. En revanche les renforcements sous forme de Feed-back le sont.

1) L’enseignement programmé

Sorte de machine permettant  aux usagers d’apprendre à leurs rytmes et comme ils le souhaitent. La matière est soigneusement découpées en objectifs (donnant un peu plus tard naissance à la pédagogie de maîtrise de Bloom). Chaque erreur réalisée provoque  en retour un Feed-back IMMEDIAT).

Mon avis sur la question

Pour lui l’erreur est finalement à éviter et n’est pas source d’apprentissage contrairement au courant  cognitiviste. Elle n’est pas utilisée pour appréhender le raisonnement de l’usager afin de pouvoir y remédier. L’erreur n’a pas de statut excepté celui de ne plus la réitérer. Cependant les Feedback-backs autorisent les usagers à s’entraîner et à obtenir les réponses idoines. Utilisation possible tutoriels, quizs.

Bloom  La pédagogie de la maîtrise (Le Mastery Learning)

Selon Bloom, l’aptitude d’un élève à maîtriser un apprentissage est proportionnelle au temps qu’il investit et ce à quoi il l’utilise. Les autres facteurs intervenant dans la réussite sont:

  • La motivation
  • La persévérance
  • La qualité de l’enseignement (décrite plus bas)
  • L’habilité à comprendre (Capital génétique et capital culturel)
De plus pour lui tous les élèves sont capables de maîtriser les apprentissages qu’on leur propose. Après diverses expériences il a pu démontrer que cela était effectivement  le cas.
70% des étudiants soumis au Mastery learning et 90% des étudiants sous tutorat ont obtenus des résultats comparables aux 20% des meilleurs élèves dans le cadre d’un enseignement traditionnel.

Alors comment faire ?

C’est quoi la méthodologie de la pédagogie de la réussite ?

  1. S’assurer que les étudiants aient bien les pré-requis nécessaires. A défaut, il faudra prévoir un enseignement correctif.
  2. Préciser le ou les critères de maîtrise nécessaire(s) pour le passage à l’étape suivante.
  3. Si la maîtrise n’est pas suffisante pour passer à l’ étape suivante, il faut fournir un enseignement correctif. De même prévoir des activités d’enrichissement pour ceux et celles qui sont dores et déjà parvenus à la maîtrise de l’étape.
L’un des postulats de Bloom  est issu des réflexions de Carroll, celui ci prétend  que l’aptitude d’un élève ne prédit pas du niveau maximal de compétence qu’il peut envisager, mais détermine le temps dont il aura besoin pour atteindre un niveau dans ce domaine. La pédagogie de maîtrise propose aux élèves de passer en conséquence plus de temps sur les tâches pour lesquelles l’élève  a le plus de difficultés.Il est à souhaiter dans ce sens une augmentation de la qualité de l’enseignement.
Augmenter la qualité de l’enseignement comment ?
  • Définir clairement les objectifs à atteindre ou les tâches à réussir et en  informer les élèves.
  • Pendant l’enseignement préciser clairement le ou les apprentissages attendus.
  • Evaluer dans quelles mesures les pré-requis à l’apprentissage sont maîtrisés et procéder à une éventuelle remise à niveau.
  • Décomposer la matière en unités structurées.
  • Augmenter le temps d’engagement des élèves, voire leurs participations (le E-learning le permet aisément)
  • Evaluer la maîtrise des compétences enseignées (test formatifs).
  • Proposer des exercices supplémentaires pour ceux qui n’ont pas réussi et des exercices d’enrichissement pour les autres.

Mon avis sur la question

Pas de liberté dans l’enseignement qui est totalement directif et ordonné. Pas de prise en compte des interactions avec autrui. On ne tient pas compte pour les sujets d’étude  des préoccupations de l’ étudiant. Cependant la rigueur implacable de cette méthode laisse à penser qu’elle convient parfaitement pour les apprentissages en autonomie. Idéale donc pour la conception de module e-learning n’ayant pas recours à un statut de modalité tutorale élevé.

 

Jean Piaget (Interactionniste)

Pour lui on apprend en agissant et plus précisément en réalisant des interactions avec son environnement  « il faut former des intelligences actives » pas passives. Le développement n’est donc pas « inné ou acquis » c’est la démarche expérimentale qui est priviliégiée pourruire ses connaissances. Le rôle de l’enseignant est donc de faire prendre conscience des problèmes que l’élève se pose déjà et de transformer ainsi les étudiants en EXPERIMENTATEURS actifs.

« Une vérité apprise n’est qu’une demi-vérité, la vérité entière étant reconquise, reconstruite ou redécouverte par l’élève lui-même »

Par ailleurs il accorde un rôle prépondérant au travail en équipe, l’expérimentation se complète par la discussion en commun, la rédaction ou le dessin dans les cahiers d’observation. Le maître après avoir été instigateur devient donc animateur. Par ailleurs la COOPERATION limite l’égocentrisme (vision du monde que l’on croit partager avec les autres, alors qu’il s’agit d’une image personnelle et subjective que l’on généralise.)Il est finalement assez proche de Dewey « la pensée instrumentale » concernant le rôle de l’activité dans l’apprentissage ainsi que de Vigotsky. En effet il considére déjà une forme de conflit socio-cognitif permettant d’éviter, de limiter l’égocentrisme et la subjectivité en favorisant l’intersubjectivité.

Et toute la réflexion éducative de Piaget se base sur ce double constat : l’apprenant construit ses opérations intellectuelles à la fois par son action sur l’objet à connaître et par une forme d’interaction avec autrui que Piaget nomme coopération.

Il est en cela très proche de Vigotsky à la différence que ce dernier considère que la médiation culturelle offerte par l’entourage social (parents, éducateur, pairs plus âgés) a la primauté sur le processus de développement individuel.

En résumé l’apprentissage par Piaget

Mon avis sur la question

Nécessite une hyper-motivation des élèves. Etre impliqués au point de souhaiter réellement s’approprier les connaissances par une première phase d’expérimentation puis par une seconde de coopération pas toujours facile à vivre, l’individu ayant  par nature la fâcheuse habitude de toujours vouloir avoir raison (pour moi le travail de groupe nécessite un apprentissage pour pouvoir être efficace, en termes de méthodologie mais surtout de comportement).

A utiliser pour des situations problèmes, méthode des cas, pédagogie par projet. Cependant il faudra être particulièrement attentif au fait que tous les membres du groupe soient investis. Certains ayant la fâcheuse habitude de se reposer sur d’autres. Par ailleurs il faudra veiller également à ce que tous les membres acquiert l’ensemble des compétences visées (Par rotation ou par individualisation selon les compétences dores et déjà acquises). En effet il n’est pas rare de constater que la répartition des tâches lors d’un projet consiste à faire faire à ceux qui savent déjà faire de façon à gagner du temps. Si l’animateur ne vise que le résultat en s’étant contenté de donner quelques consignes de départ puis en récoltant les travaux, il peut être certain que tout cela n’aura servi à pas grand chose. Il est donc primordial à mon avis pour des travaux de groupe que l’animateur tuteur ou autre accorde un suivi particulier à chaque membre en s’assurant des connaissances et compétences qu’il a acquise. Les LMS disposent de tous les outils nécessaires. Le scénario pédagogique envisagé lors de ce type d’enseignement doit prévoir également ce type de modalité tutorale.

 

Vigotsky (Socio-constructivisme)

Vigotsky rejoint Piaget dans ces conceptions constructivistes mais  pour lui c’est grâce aux interactions sociales plutôt qu’ aux interactions physiques qu’il y a développement. La thèse Vygotskyenne avance que le psychisme humain est de nature sociale et que les fonctions intellectuelles se développent par l’apprentissage de ces «outils» ou de «systèmes de signes», au premier rang desquels figure le langage.

Pour lui le langage est le meilleur exemple du processus de construction spontanée en commun au cours d’activités partagées. La médiation socio-culturelle apportée par le langage permet à l’enfant de développer ses structures psychiques et ne pourrait  exister sans  interactions sociales.

L’éducation scolaire est en fait un complément et permet ce que Vygotski appelle le « développement artificiel » de l’individu (en opposé à l’apprentissage de concepts spontanés, le langage en particulier. L’école doit en conséquence fournir des outils et  des méthodes permettant la continuité du développement plutôt que de faire acquérir des connaissances factuelles ou déclaratives.

Pour Vigotsky il y a médiation culturelle lors des interactions sociales et physiques est réalisée à l’aide d’outils. Certains comme le langage sont internes, d’autres  sont  des auxiliaires sans lesquels nous ne pourrions pas grand chose (comment mesurer le temps sans chronomètre ou montre ?) Ces outils (auxiliaires de culture) capitalisent pour nous les connaissances préalablement acquises. Rabardel reprend d’ailleurs cet argument pour définir les artefacts.

De l’inter à l’intra pour Vygotski, il y a transformation des phénomènes « inter-psychiques » en phénomènes « intra-psychiques ». C’est donc grâce  aux interactions sociales et aux conflits socio-cognitifs qu’il y a développement.

Il introduit la notion désormais bien Connue de Zone Proximale de développement. Celle-ci indique une zone  au sein de laquelle les étudiants peuvent acquérir accompagnés, de connaissances supérieures à celles qu’ils auraient pu atteindre seuls. Cette collaboration avec l’adulte peut être de différentes formes:

Collaboration dans les activités, questionnements, démo de méthodes, vérification des acquis, exemple donnés.

Mon avis sur la question

L’apport des interactions sociales dans l’acquisition des connaissances n’est plus a démontrer. Le web permet un apprentissage totalement informel grâce aux interactions sociales qu’il véhicule à l’aide des outils du web2: Forum, Chat, mail, webconf, wiki etc. Se priver d’interactions sociales dans une formation e-learning reviendrait à amoindrir considérablement les chances de réussite de la formation.

Il convient en conséquence de réaliser conjointement au scénario pédagogique un scénario tutorale. Ce dernier peut revêtir différentes modalités: Pédagogique, Organisationnelle, Socio-affective.

 

Sources principales:  Jean-Jacques Quintin

 

 

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A propos Benoît

Ingénieur en pédagogie multimédia j'aimerais contribuer au développement de l'usage des TICE au sein des filières professionnelles et techniques.


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